Au fil des années, Lisbonne est devenu l’une des capitales incontournables du street art, à l’instar de Berlin ou Londres. L’art urbain y est présent partout, à travers des fresques et autres œuvres en tout genre, devenant un atout majeur de la capitale et l’une de ses attractions phares. Lisbonne a même été élue “meilleure ville de street art du monde” par le journal britannique The Guardian.

Pour ceux qui croient que le street art n’est rien d’autre que de la peinture sur les murs, il n’en est rien. Le street art est englobe de nombreux types d’art et est représenté de diverses manières : graffitis, pochoirs, peintures, photos, autocollants, fresques, tuiles murales, sculptures, tissus, interventions, installations éphémères… Les possibilités sont infinies.

Le développement du street art à Lisbonne

Le boom du street art est arrivé dans les années 1980 en Europe, séduisant directement les artistes portugais, qui ont commencé à taguer les murs des villes. Au début, les tags étaient très simples, les graffeurs écrivaient seulement leurs surnoms sur les façades des immeubles. Peu à peu, les pratiques ont évolué et les artistes ont introduit de nouveaux styles et techniques, donnant naissance au mouvement post-graffiti, appelé street art.

Le gouvernement a d’abord condamné et rejeté ces actes de vandalisme et de dégradation du patrimoine, et a repeint toutes les œuvres illégales du centre-ville. En 2008, le street art, désormais considéré comme un art à part entière, fut autorisé et réglementé. Le but étant notamment de lutter contre les tags sauvages mais aussi de redonner vie à la ville, constituée de nombreux bâtiments abandonnés. L’art urbain a été institutionnalisé à travers la campagne intitulée “changer l’image du quartier”, utilisant le street art comme processus de restauration de certains quartiers du centre-ville et des banlieues. Les fresques murales, considérées comme une contribution importante à la rénovation urbaine, ont permis de changer la réputation et l’image générale de la ville.

Aujourd’hui, la municipalité de Lisbonne encadre, encourage et revendique les œuvres de nombreux artistes. Le street art a pu se développer depuis plusieurs années, lorsque la ville l’a intégré à sa politique touristique et culturelle. En 2008, elle a commencé à attribuer des espaces appropriés aux artistes, à travers l’organisme Galeria de Arte Urbana (GAU), qui gère de nombreux projets. Son objectif est de promouvoir l’art urbain, d’une manière légale et respectueuse de l’environnement, du patrimoine et des valeurs de la capitale, tout en luttant contre le vandalisme. La galerie à ciel ouvert de la Calçada da Gloria a été la première action de la GAU, mettant à disposition des artistes des murs libres afin qu’ils puissent s’entraîner et s’exprimer.

A la recherche des meilleures oeuvres de street art de Lisbonne

Lisbonne est une véritable galerie d’art à ciel ouvert, dans laquelle des artistes du monde entier viennent laisser leur trace (Vilhs, Bordalo II, Obey, Odeith, Gregos,…). La qualité de ses œuvres est reconnue internationalement. En utilisant des techniques variées et à travers divers messages, les artistes souhaitent redonner vie à des endroits cachés, délaissés ou peu mis en valeur. Ces trésors sont souvent biens dissimulés et éphémères, une exploration en profondeur des différents quartiers de la ville est essentielle. Pour les découvrir, vous passerez par les quartiers emblématiques et historiques de Graça, Mouraria, Bairro Alto, Alfama, Alcantara… mais vous devez aussi vous perdre à travers les petites ruelles.

D’autres quartiers, plus éloignés du centre-ville, mettent également le street art à l’honneur :

  • Marvila : une des plus grandes collections de peintures murales de la ville
  • Quinta Mocho (Loures) : festival d’art public permettant de lutter contre l’exclusion sociale
  • Bairro Padre Cruz : galerie d’art en plein air avec plus de cent oeuvres
  • Amadora : projet « Conversas na Rua »

Les panneaux sont fournis par la ville, les œuvres régulièrement renouvelées et les artistes souvent anonymes, ce qui permet d’admirer divers travaux tout au long de l’année. On retrouve notamment de longs panneaux peints le long de la Calçada da Gloria, de l’Avenida 24 de Julio, du Caracol da Graça, sur l’Amoreiras Wall Of Fame (débuté en 1995, plus grand mur de graffitis de la péninsule ibérique), sur le mur réservé aux artistes féminines dans le quartier de Graça…

Partir à la recherche des œuvres majeures du street art est un autre moyen de visiter Lisbonne.

Certains artistes ont élaboré plusieurs œuvres, dissimulées dans divers recoins de la ville :

  • Les têtes de panda éparpillés sur les murs de toute la ville depuis la pandémie  de Fuer Panda (“pandamic”)
  • Les soixante visages variés, tous adaptés à leur environnement de Gregos
  • Les boîtes électriques peintes avec des personnages mettant en avant l’amour et l’espoir par Manoel Quitério
  • La coccinelle se cachant dans chaque oeuvre d’Utopia 63
  • Les collections de photos racontant l’histoire des habitants du quartier de Camilla Watson
  • L’homme aux lunettes 3D chevauchant divers animaux marins
  • Les fresques dédiées au fado
  • …..

Zoom sur trois artistes portugais aux oeuvres engagées

Vhils

Vhils est devenu en quelques années une icône du street art et sa renommée dépasse largement les frontières portugaises, ses œuvres atypiques recouvrant les murs de nombreuses villes. Il utilise la méthode du scratching, exploitant les différentes couches d’un mur pour créer des portraits. Ses pièces puissantes rendent hommage aux citoyens, véritables acteurs de la ville. En gravant leurs visages dans la pierre, il fige aussi leurs expressions et traits usés par la vie. Son but est de casser les barrières, attirer l’attention et utiliser des matériaux que les autres rejettent.

Bordalho II

Bordalho II a créé une série de pièces intitulée “Big Trash Animals”, visibles dans toute la ville. Ce projet regroupe d’énormes sculptures d’animaux créés à partir de déchets retrouvés dans la rue. Il réagit ainsi à l’irresponsabilité humaine a travers l’art, en donnant une seconde vie aux déchets. Il souhaite faire passer un message et attirer l’attention des gens sur l’extinction de certaines espèces et la destruction de leurs habitats. Selon lui, il “redonne vie aux animaux avec ce que nous avons utilisé pour les détruire”. Ce projet l’a rendu célèbre mais il crée également d’autres œuvres, toujours dénonciatrices de la société de consommation.

Mario Belém

Mario Belém peint des œuvres colorées, vivantes, composées de nombreux éléments (images, mots…). Il a un langage très personnel, essayant toujours de mettre en avant des sujets interrogeant toute l’humanité, tel que la liberté, la nostalgie, la technologie… Il crée ainsi des récits visuels, jonglant entre l’insolite, le rêve, la réalité et l’engagement. Il explore divers sujets liés à la culture populaire et à la condition humaine.

D’autres œuvres aux messages forts :

Les autres villes à découvrir autour du street art : Porto, Setúbal, Covilhã, Lagos, Estarreja, Funchal…